Comment parler de ce qu'on aime. De ce qui nous émeut, si vous avez quelques euros à capitaliser sur un bien culturel (LoL) et surtout si vous n'avez pas peur de ce qu'on appelle vulgairement pavé, alors courrez acquérir le prix Renaudot 1996 " Un silence d'environ une demie-heure" de Boris Schreiber (ed. le cherche midi). Véritable oeuvre transperçante, il m'a fallut six mois de lecture, tellement passionnante, et à la fois destrutrice sur le plan physique. Jamais un ouvrage n'avait été aussi franc et sincère, l'auteur s'y livre, car il s'agit bien d'une autobiographie ("l'imagination s'est servie de la mémoire comme tremplin" dit Louis Malle) où rien de son histoire personnelle n'est nié. Rien d'héroïque, beaucoup de honte et de bassesse, mais tout cela dans un style direct et riche. Au bout de l'apocalypse subsiste l'homme, encore debout, subsiste encore la conscience de Boris qui le sauve de l'inhumanité et au moins il n'a pas renoncé à son ambition : devenir absolu.
"schreiberboris1Un jeune déraciné, tenu debout par sa rage à écrire et à vivre, affronte la monstruosité du monde qui l'entoure. Le journal intime, comme une ivresse de soi, canalise les éruptions volcaniques et l'éveil aux sens de cet adolescent qui sait qu'il sera à jamais en marge.
Et c'est la guerre. L'Occupation. La peur du futur devient peur du présent. Boris avait déjà appris à mentir pour vivre, il apprend désormais à trahir pour survivre, se garder intact. Car l'essentiel, ce ne sont pas les idéaux, mais l'idée fixe : rester en vie
."