-Suite de mon voyage en Roumanie - 16 juin 2005-
Les clubs gay de Bucarest, des établissements non-conformistes où les gays, bisexuels et transsexuels peuvent exprimer leur vraie identité, se sont développés étonnamment vite dans un monde complexe, fascinant. Une visite dans un club gay prouve qu'en moins de cinq ans, une ville aussi puritaine et bornée que Bucarest, a réussi à offrir tout le necessaire à sa communauté gay pour une existence tout à fait insouciante.
Florin, un ouvrier public de 42 ans, examine le dance-floor en buvant à petites lapées un verre de vin rouge avec délicatesse. Il porte un T-shirt serré, qui proclame : "je n'admettrai jamais que je suis bisexuel".
À côté de lui, une fille très jeune, assez petite, rousse, empaquetée dans une blouse verte et un homme maigrelet, aux cheveux bruns, rient sottement et se tiennent la main comme des amoureux pas habitués. De temps en temps, la fille touche tendrement l'épaule de Florin, mais ne dit rien. "Ils sont tous les deux mes amants", dit Florin pointant du doigts les deux amis. "Cela ne les gêne pas que je sois là à les regarder se tripotter, et moi non plus ! Je pense qu'ils m'aiment d'une certaine façon et ont consenti à me partager," ajoute-t-il.
Dans un grand vent de tolérance, l'atmosphère voluptueuse du Queen's est une donnée que les conservateurs de la Roumanie n'auraient probablement jamais prévu. Mais les grandes villes de la Roumanie, jadis honteuses de leurs diversités sexuelles, ont récemment été témoin d'une émergence d'une culture gay. Des bars gays et des boîtes de danse sont apparus brusquement à partir de 2001, quand l'homosexualité n'a plus été considéré juridiquement comme un délit.
Néanmoins, la plupart des gays reconnaissent toujours qu'il faut mieux tenir son orentation sexuelle loin des yeux publics et de la sûreté policière. Les boîtes gays forment aujourd'hui un monde interlope, avec ses propres codes, à l'écart de la ville et font vivre leur faune dans ce monde ahurissant, de fraîcheur où les moindres désirs doivent être exhaussé.
"Entre ces murs je peux être sauvage et insouciant, je peux me livrer aux expériences sexuelles épicées et je peux traverser les frontières imposées par la société conservatrice "dit Florin, dont les raisons principales de se cacher derrière la confidentialité d'un club gay sont sa femme et ses deux gosses." Ma famille ne connaît rien de ma bisexuelité. J'ai dit à ma femme que je travaillais pour les services secrets et c'est pourquoi je passe beaucoup de nuits à l'extérieur "Pire qu'un film de serié B, il me l'avoue en me montrant son tee-shirt fièrement. Florin est sûr qu'il n'aura jamais la volonté d'admettre à son entourage qu'il est bisexuel." Les Roumains ne sont pas tolérants. Il y a les hommes qui me tueraient simplement s'ils savaient que je suis bisexuel "
Florin ne désire pas renoncer à sa vie d'homme rangé, quand il emmène les gosses au zoo et cuisine avec sa femme. "J'aime cette vie paisible, mais quand la nuit vient mes hormones me rappellent à ma nature  et je deviens une bête sauvage,un macho," dit Florin. Ses deux amants sourient et secouent leurs têtes, suggérant à Florin qu'il a créé l'équilibre parfait.
florin est sûr que la plupart de clubbers gays partagent son avis sur la vie comme une course sexuelle interminable, un jeu qui peut facilement être décrit comme cela : "j'aime faire l'amour avec des hommes parce qu'ils sont brutaux et grossiers, mais j'aime aussi faire l'amour avec des femmes parce qu'elles sont obéissants. La mosaïque est simplement idyllique" conclut-il, il saute de sa chaise et va s'agiter sur la piste de danse.
Son siège est immédiatement pris par une grande blonde tout en sueur de cette débauche d'énergie que le dance floor occassionne aux gens du Queen's : on vient pour oublier et s'amuser : cela se voit. Cette femme porte une robe violette, serrée tapageuse. Ses yeux semblent regarder une autre jeune femme, une brunette mince qui plie et désarticule son corps dans une danse d'équilibriste.
"Cari, j'en suis tombée immédiatement amoureuse. Elle est délicate, mince et douce. Mais je l'ai avertie je m'ennuie très facilement" me confie la blonde en référence à la danseuse ahurissante.
Lilly, c'es son nom, est une lesbienne de 27 ans qui, après 18h00, change de  costume, du noir convenable de la secrétaire à la jupe sexy de la nuit-oubli et direction le premier club gay de la soirée. Lilly considère les clubs gay comme un oasis de sécurité et de plaisir où elle peut accomplir ses phantasmes sexuels secrets.
"Je veux que ma vie toujours soit les montagnes russes du plaisir ! Cari est vraiment à croquer, n'est-ce pas ?" Lilly à les yeux du bonheur et ne cesse de memontrer la brunnette sur la piste de dance, comme fièrer de sa conquête.
Lilly et Cari sont ce que la culture pop appelle "des clubbeuses". Ils passent leurs nuits à nocer, boire, rêver debout, illuminées, il n'y a pas d'identité ici, tout est mélangé. Les clubs gays à Bucarest sont leur " repaires publics" comme dit Lilly.
Chaque clubber semble avoir une histoire incroyable, mais dans l'atmosphère extasiée du club, les cigarettes fument et les fumées se mélangent aux pheromones ambiants avec un langage du corps hypnotique. Leurs histoires sont peut-être juste de la fantaisie ou pas, un produit de leur soif et de leur imagination. Ils sont vivants, c'est la vraie nouveauté de ce pays longtemps épuisé.
Les clubs gays et leurs habitués sont les parties distinctes d'une énigme appelée ici : "le mode de vie gay roumain" dont il manque toujours une vraie définition. Bien que la culture gay ait osé exprimer son envie instinctive de base sans passer par la case des toilettes publiques et des parcs en les remplaçant par des clubs presque chicosses. En Roumanie il n'existe que peu d'associations, des théâtres et d' orchestres de musique gays.
Néanmoins, des gays roumains ont accomplit de grand changement avec l'essor des boîtes de nuit qui favorisent le processus de socialisation et la compétition pour la suprématie sexuelle.
Je vais aux clubs quand je sens le besoin physique. Et ici c'est plus amusement pour faire de nouvelles rencontres. Le sexe c'est ce qui guide la nature humaine, " me dit Lilly tout sourire. Cari, a deserté la piste de danse pour rejoindre son amie (elles se sont connues il y a tout juste deux semaines) est d'accord." Je ne me soucie pas d'une vie de famille stable, calme et ennuyeuse, "conclue cette dernière.
Les adversaires de l'approche hédoniste du mode de vie gay sont des activistes de longues dates, qui refusent de faire une grande affaire de leur orientation sexuelle, selon Florin Buhuceanu, le directeur d'Accepte, l'organisation non gouvernementale la mieux connue se battant pour les droits des gays, bisexuels et transsexual.
"Je connais beaucoup de couples gays stables, qui ont une belle vie de famille. Ces attitudes ne peuvent pas être utilisés pour tous gays ou lesbiennes, car elles légitimisent les adversaires des gays et des lesbiennes," dit Buhuceanu. 
Mircea à 30 ans, est assistant social, et il voit que le jeu social des gays est réduit à une simple question sexuelle. "Le malentendu de la culture gaie c'est qu'elle permet de cacher plus que de rendre visible la sexualité de chacun : il y a un cloisonnement" dit-il.
Selon Mircea, beaucoup de gays sont embarrassées et croient qu'être gay signifie seulement coucher quelques fois avec une personne du même sexe. "C'est très triste. Je suis sûr que la plupart des gays sont des gens affamés de l'amour et la tendresse,mais il existe une vraie impossibilité mentale pour eux d'exister autrement que par le physique" dit Mircea.
"Ils croient qu'être gay ne devrait pas être la définition principale de son existence. Je ne me suis jamais senti un être à part en étant gay et je ne pense pas que j'ai plus de droits à cause de cela," explique-t-il.
Je peux seulement dire que je suis un hommes parmis d'autres, grands, agréable, que vous voyez dans le métro écoutant la musique avec son téléphone portable, ou sur la plage, habillé correctement d' un maillot de bain et au comportant décent. Et je pourrais même être votre voisin! " conclut-il avec le sourire " Mais il est toujours mieux de ne pas arriver à une conclusion quand vous devez faire face à la diversité humaine, "ajoute Mircea.
Ainsi s'achève ma balade au Queen's de Bucarest, le petit matin pointe déjà son nez, et je suis gris de toutes ces liqueurs frelatées ingurgité : je ne sais d'ailleurs ce qu'il y a avait exactement dans mon verre.. Une chose est sûr : je ne supporte pas l'alcool. Bucarest, au-delà du degré alcoolique, m'a requinqué dans cet espoir si "bordélique" et pourtant si présent. Demain je retourne en France...

BD