Matthew_ShepardC’est un de ces faits divers monstrueux dont l’Amérique a le secret : le massacre, en 1998, d’un jeune gay dans le Wyoming. Devenu un cas emblématique de l’homophobie ordinaire, l’affaire Matthew Shepard est au centre du "Projet Laramie", un spectacle qui tente de percer le mystère de ce déferlement de haine. Hervé Bernard Omnes crée à Paris, au XXè Théâtre, le texte de Moisés Kaufman.

Comédien, Hervé Bernard Omnes signe avec ce texte bouleversant sa première mise en scène.

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à mettre ce texte en scène ?

Quand j’ai vu le film qui a été tiré de la pièce sur HBO (1), j’ai ressenti la nécessité de me mettre au service de ce texte. Le meurtre de Matthew Shepard va au-delà de l’homophobie. Il est l’expression de cette violence banalisée où l’on tue et on agresse des gens non pas parce qu’on ne les aime pas, mais parce qu’ils sont différents. Il est une devise à Laramie : "Vivre et laisser vivre". Mais cette fausse tolérance n’existe pas ! Elle ne concerne que tes semblables ! Dans le cas présent, blancs, catholiques et hétérosexuels. Ce texte est donc un acte de militantisme contre toutes les formes d’intolérance. Il devrait avoir sa place dans les milieux universitaires et être étudié à l’école car c’est un texte qui n’est pas difficile à comprendre, non-manichéen, d’une honnêteté et d’une générosité totales. Il ne juge personne. C’est un coup de zoom sur des êtres tels qu’il en existe autour de nous. En substance, la pièce dit que l’on est tous capables d’avoir des jugements à l’emporte-pièce. La traduction a été éditée à "L'Avant-Scène Théâtre ".

Quels sont les thèmes qui traversent la pièce ?

Cette pièce parle de l’homophobie, de l’intolérance, du féminisme, de la religion, de la peine de mort, de la violence dans les prisons, des médias... Elle fait comprendre que l’homophobie n’est pas que le fait de tuer des gays ou des lesbiennes. Ce sont des insultes au quotidien, des rapports avec des familles immondes, celles qui font subir à leurs enfants des rejets, des tortures mentales quant à ce déshonneur, cette honte d’avoir un fils pédé.

Quels ont été tes partis pris pour mettre ce texte en scène ?

Je me suis obligé, en traduisant le texte, à gommer certains éléments propres à la culture américaine comme les querelles de clocher entre les baptistes et les mormons. J’ai eu recours au langage parlé pour rendre ce côté très honnête, très direct, très simple, avec des tics de langage. Nous sommes dix comédiens sur scène pour incarner soixante-dix personnages. J’ai été très heureux d’avoir dans ma troupe des comédiens hétéros et parents qui comprenaient l’importance de jouer ce texte. Il n’y a ni accessoires, ni décors, ni costumes. Nous ne sommes pas là pour faire des numéros d’acteurs. Les spectateurs seront uniquement là pour écouter ce que nous avons à leur dire.

Jusqu’au 07/05. Vingtième Théâtre, 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris. Rens. : 01 43 66 01 13.