Sébastien est un enfant. Il se dit adolescent pour se grandir.  Il est fan d'un musicien en vogue du moment. Il a 13 ans, l’âge de tous les engouements, l’âge où les rêves naissent. Les déceptions aussi. Il a reçu son premier baiser dans les toilettes, c’est un grand qui lui a donné, un grand qui a même redoublé.

La première cigarette fut aspirée, sèche, à la sortie du collège. Il n’a pas aimé, mais il a menti pour faire comme tout le monde. Ce qu’il ne sait pas ce que tout le monde a fait pareil.

Il écoute la musique de l'artiste à la mode. Au dîner il en parle avec ses parents, qui comme les autres parents le regardent avec ce sourire condescendant censé être bienveillant. Avec ce mépris spécifique aux adultes quand ils s’adressent aux plus jeunes. Seb n’a pas supporté, il a claqué la porte aussi fort qu’il aurait voulu les frapper, comme tous les autres enfants il trempe sa plume et sort son plus beau papier lettre, celui qu’il a eu à Noël, celui avec des coeurs pour écrire à l’idole, à l’Homme élevé au rang de Dieu. Sa lettre est timide, ponctuée par des « voilà c’est tout » et des « je veux que vous sachiez » en guise de majuscules. Il met des  petits ronds sur les i, des cœurs parfois. Il encense l’artiste, l’érige au sommet de l’Olympe. « Je veux que vous sachiez que la musique de (et là il cite trois musiciens à succès et surtout reconnu ) m’apparaît fade comparé à la votre ». Il continua les pleins et les déliés des lignes durant.


Puis il joignit un cadeau, celui qu’il
voulait offrir à son père, le portefeuille qu’il avait fabriqué toute innocent.

Il était heureux. Mais ses amis allaient le recouvrir d’une chape de plomb. Jay-Jay lui dit : « Mais tu sais des lettres comme ça ils en reçoivent des dizaines, et quand ils répondent c’est une secrétaire qui tape ça à la machine ». Il pleura longtemps, il espéra d’avantage.

Puis un jour de brume, sa mère tapa à sa porte, elle lui remit une lettre. C’était la première fois qu’il voyait son nom dessus.

Il était aux anges, près de Dieu, de son idole. Il l’ouvrit et lut :

Mon cher Sébastien,

Ma réponse à ta lettre arrive tard. Une foule d’occupations puissent-elles m’excuser.

N’enlève pas leur couronne de lauriers aux musiciens que tu cites dans ta lettre, elle leur est due. A moi pas encore.

Ton portefeuille sera conservé parmi d’autres cadeaux donnés par quelques personnes. C’est une marque d’estime que je suis encore bien loin de mériter.

Tu dis vouloir chanter. Persévère, n’exerce pas l’art seulement mais pénètre aussi en son être intime, il le mérite, car seuls l’art et la science élèvent l’homme jusqu’à la divinité.

Considère-moi comme un ami et celui de ta famille.

Datée du 17 juillet 1812, cette lettre, authentique, est signée Ludwig van Beethoven