filip« When i was sixteen… » Le monde se rétrécit, j’ai comme des envies de ne plus y être. Le temps se fane, bientôt l’hiver, je commence les soirées techno avec quelques amis. C’est dingue comme je me fous des gens, derrière mon regard de pierre, ils s’en viennent à m’aimer. Je me serai détesté. C’est dingue comme je les aime. Cette foi en l’homme qui ne les lâche pas, ou bien la folie, en tout cas j’ai déjà pris conscience que je pouvais les blouser pour qu’ils m’aiment encore d’avantage.
J’ai seize ans et nous sortons dans l’underground de Brno, des salles poisseuses qui sentent les bas –fond ou des cours à ciel ouverts en plein milieu de nulle part. La musique est insupportable, la bière coule, les filles et les garçons dansent de manière épileptique, ils appellent cela la liberté. J’en prends un bout, au bout de la nuit mon regard devient moins dur, mon corps plus lascif. Les soirées se décortiquent avec une première étape chez Angie, une fille un peu barge, chez elle c’est chez les copains. Tant que je viens là, il y a des gens venus de nulle part, copain d’école, première, deuxième amour, connaissance futile. Ils squattent le canapé aux formes amicales, on trinque à l’éternité.

J’ai sans doute aimé Angie, peut-être même sorti avec elle, copain, petite copine, quelle différence ?  Je me suis dépucelé avec elle, on se racontait des blagues, un peu plus proches l’un de l’autre, et cette envie de découvrir l’altérité. Ma main cherchait cette chaleur, nous nous sommes caressés avant d’aller au bout du phantasme. Attiré puis rejeté chacun de notre côté quand l’affaire fut faite. Vite fait, avec douceur, Angie fut ma première expérience, rien de sensationnelle finalement, mais c’est important pour elle, suffit de voir ses yeux poser sur moi.

On se sert des bières avant d’aller en écluser d’autres de l’autre côté de la ville au son de notre perd. Perte de repères, je m’en recrée de nouvelles, juste l’étreinte des corps, les limites de l’étourdissement. Je suis un ancien gamin qui rêve de gaminerie perpétuelle. Au moins plus penser à ta famille, leur souci qui devient les tiens sans trop savoir pourquoi, tout de dégoûte à part l’ivresse. Je recherche des corps pour toute tendresse, dans un coin sombre on se déchire. Et c’est cette fois ci qui reste graver dans mon souvenir, ou la violence provoque l’amour. J’existe à travers le cradingue, une raison pour m’aimer vraiment. Je me suis dépucelé en égoïste.

Quand l’acte prend fin, je suis seul, mes seize ans passent aussi vite, pas besoin de m’appesantir, vite vivre pour vite être quelqu’un d’autre.

Filip Trojovsky

<traduction du livre évenement à paraître en Tchéquie : le Journal de Filip Trojvsoky ou la vie en attente>